13, 14 et 15 juillet - 20h30 -

"Cendre à la cendre"

de et par LAURENT MONTEL

 

de et par Laurent Montel

Mise en scène : Damien Houssier

 

 

Voilà qu'un jour, il m'arrive un truc. Un machin. Une cochonnerie.

Voilà qu'un jour, j'aurais dû mourir.

 

Il y a eu une urgence vitale, dès que j'ai pu de nouveau tenir un stylo et écrire lisiblement sur une feuille de papier, à refaire le geste d'écrire, et à reprendre le cours de ma vie d'acteur.

 

Et voilà « Cendre à la cendre » - comme on le dit, donc, « à partir d'une histoire vraie », mais rien, dans ce qui s'y dit, n'est vrai...

L'effort que je fais, le chemin si peu carrossable que je prends, plus important que le but lui-même, pour atteindre à la vérité idéale, inatteignable, protéiforme de ce qui m'est arrivé, se nomme « Cendre à la cendre ».

L'appel du gouffre est puissant, sa voix est forte et impérative, et la mort peut-être aussi séduisante que celle de l'Oncle Archibald de Brassens.

Il faut avoir des filins d'acier, des grappins drôlement costauds et tenus par des Hercule pour ne pas sauter de son plein gré dans le néant.

Les forces conjuguées de l'amour et de l'amitié, la passion du théâtre m'ont solidement enserré : je ne suis pas tombé.

 

Et me voilà, je vais jouer « Cendre à la cendre », je vais le jouer comme si je ne l'avais ni écrit, ni répété – comme si je le découvrais, le dévoilais, comme si ça n'était jamais arrivé, et d'ailleurs ça n'est jamais arrivé.

 

Le Théâtre, seul chemin possible pour dire l'indicible, montrer l'inmontrable, le Théâtre seule solution.

 

Il sera beaucoup demandé au spectateur, il aura beaucoup de réponses à se donner : qui est Pierre ? Qui est le lapin ? Qui est David Bowie ?

Il deviendra, ce spectateur, vous, « mes semblables mes frères », le co-auteur de « Cendre à la cendre ».

 

Un jour peut-être, un autre acteur s'emparera de « Cendre à la cendre », un autre metteur en scène lui tiendra la main.

En attendant, nous nous y collons Damien Houssier et moi, pour explorer ce texte, et l'offrir aux gens qui voudront bien le recevoir.

 

 

Laurent Montel


Laurent Montel

est né en 1964. Il se forme au conservatoire d'Avignon, puis au Cours Florent.

Il est pensionnaire de la Comédie-Française de 1996 à 2002.

Il y joue sous la direction de Sandrine Anglade Opéra Savon, de Simon Eine Les femmes savantes, de Thierry Hancisse, de Jean-Louis Benoit Le Révizor, Le bourgeois gentilhomme , de Jorge Lavelli Mère Courage, de Jacques Connort Le comédien métamorphosé, et surtout de Daniel Mesguich, La vie parisienne, La tempête, Andromaque et à sa sortie du Français Cinna, Le diable et le bon dieu, Boulevard du boulevard du boulevard, Hamlet et beaucoup d'autres encore. Il retrouve aussi Sandrine Anglade L'oiseau vert, Le Cid et Jean-Louis Benoit De Gaulle en mai, La nuit des rois, joue sous la direction de Philippe Adrien Le bizarre incident du chien pendant la nuit, entre autres.

Depuis 2006, il collabore avec l'Ensemble FA7, comme récitant Histoire du soldat (Stravinsky -Ramuz), Schloïmé( Romain Frydman), Les îles Baladar (Jacques Prévert – Michèle Reverdy) auteur, Pierre de la lune (musique Olivier Dejours), Petit Tom, Le vaillant petit tailleur, et conçoit avec Sylvain Frydman Veillée douce et Emus des mots ( qu'il joue pendant le festival 2018 à la Maison du Théâtre pour Enfants) , spectacles pour les bébés.

Il a joué cet hiver à l'Opéra-Théâtre de Metz dans L'auberge du cheval blanc, mise en scène de Paul-Emile Fourny, et, au printemps, dans « Le domino noir », de Auber, mise en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq.

Il est l'auteur avec Sarah Mesguich de La Trilogie Eby, spectacles jeune public joués partout en France et créés au Lucernaire.

Il a été professeur au Cours Florent de 2000 à 2006, et continue à animer des ateliers dans les écoles et les collèges, en partenariat avec la Compagnie Sandrine Anglade.

 

 

Ceci n'est pas une note d'intention

de DAMIEN HOUSSIER

 

Lorsque Laurent m’a fait cette proposition, de l’accompagner dans la mise en œuvre de son texte, quelques mois après ma première lecture, il faut bien dire que l’immédiateté de ma réponse fut toute entière commandée  par le souvenir encore vivace et ému de cette première lecture. Réfléchir trop longtemps m’aurait rendu de toute façon trop humble, m’aurait fait considérer trop longtemps le vertige, et m’aurait finalement incité à décliner ce que je considère être encore aujourd’hui un cadeau… (je précise bien aujourd’hui, car, dès que nous aurons attaqué les répétitions, je sais déjà que, travailler avec Laurent, non, ce ne sera pas un cadeau ! Mais bon… amitié, quand tu nous tiens !)

 

Cendre à la cendre fonctionne pour moi comme du théâtre au carré. Il y est question de toute la vérité du monde qui pour se dire est obligée de choisir son mensonge, d’utiliser  le bruit des masques & d’assumer sa polymorphie (… ou sa polymorphine !). Le texte de Laurent fonctionne comme une révélation à rebours : il faut que Pierre, son personnage, s’obscurcisse, se voile, il faut que le noir autour de lui se fasse, que ses identités se brouillent, que le MOI du bâtisseur se taise pour que le TOUT de son édifice s’exprime. Et c’est en plongeant dans chacun des interstices du délire et de l’enfance – qui, soit-dit en passant, à eux-seuls, font se tenir debout toute l’histoire du théâtre – qu’on va assister, petits pas à petits pas, à l’émergence d’un corps. Un corps d’acteur. Un corps, appelé par la scène à la vie. La vie, c’est-à-dire : sa mère, sa femme & ses enfants. C’est-à-dire l’origine, l’amour et la suite. C’est-à-dire David Bowie.

 

Ah. David Bowie. Dont je ne connais rien. Ou presque. Mais qu’importe ? Puisque David Bowie, ici, encore une fois, c’est le théâtre. Puisque David Bowie c’est le mâle Alpha et la femme Omega de ce retour au monde. Puisque David Bowie, c’est tout aussi bien, dans la dramaturgie serrée de la pièce, la ligne mélodique qui garantit l’unité et l’autorité autours desquelles les notes ne seront jamais fausses. Ainsi, Cendre à la cendrea choisi un drôle de père à faire mourir : celui qui se maquille. Le théâtre encore, là, dévoile son territoire : celui d’un inconscient qui n’a pas à dire son nom puisqu’il le donne à voir. Du théâtre, du théâtre, du théâtre.

 

Ce que j’aime aussi, profondément, dans cette livraison, c’est que même si l’auteur chantonne : larvatus prodeo sur un air pop-rock, il a tout de même l’humilité de citer toutes ses sources : les cousins, les Ardennes, les concerts, les boucheries, les souvenirs – tout y passe. Et il fallait bien les puissances du théâtre pour mettre à jour cette dialectique : les possibilités de nos avenirs ne surgissent que des promesses de nos passés… à la seule condition de les délirer !

 

Et puis une chose encore : j’ai rarement lu une pièce qui me parlait autant de la vie. La vie entendue comme ce qui nous retient de mourir. C’est ce qui donne très envie de monter ce texte : il s’agit, de A à Z, d’un abrégé de pulsion où le langage le dispute sans cesse au silence et où, mine de rien, il est sans cesse question du rôle éminemment vitaliste du théâtre. Et à la fin, paradoxe théâtral, c’est la vie qui l’emporte puisque le personnage meurt. Je parle de David Bowie hein. Qui est mort en vrai, c’est vrai, mais pas pour de vrai, pas vrai ? Puisque David Bowie, n’est-ce pas, n’a jamais existé ?

 

Comment ça on ne comprend rien à cette note d’intention ? Mais j’avais prévenu : ce n’en est pas une ! Non, ce qu’il faut lire ici c’est plutôt le puits sans fond que représente à mes yeux la pièce de Laurent et mon désir ardent d’y plonger, au risque de m’y perdre (en confusions, en métaphores, en rêveries).

Après, rassurez-vous (je m’adresse à qui lit ce texte et qui est censé être convaincu de je ne sais quoi par ce texte) : mon métier, c’est le théâtre. Pas les discours. Tout sera de chair et de sang. Tout sera dicible et visible.

 

Tout sera fidèle, j’en fais la promesse, à ce qui nous lie, Laurent et moi : une amitié sûre de son émotion.