9, 11 et 12 juillet - 20h30 -

Prélude à la fugue

avec JULIEN BARRET

d’après Sylvain TESSON

Interprétation : Julien Barret

Création sonore : Pierre-Marie Braye-Weppe 

 

A l'occasion du IF 2018, seul en scène, Julien Barret présentera une « lecture acoustique » du spectacle, fruit d’un travail intermédiaire dans l’avancée des répétitions.

Prélude à la fugue sera créé en octobre 2018 au Quai, CDN d’Angers.

 

Collaboration artistique et direction d’acteur : Olivier Broda

Dramaturgie : Leslie Six

Chargé de diffusion : Simon Gelin 

 

Production Le Quai Centre Dramatique National Angers Pays de la Loire

Coproduction Espace Jean Legendre à Compiègne

 

 

Scénographie : Julien Barret ; Collaboration à la scénographie : Camille Vallat et Sébastien Du Merle ; Création lumière et régisseur : Gilles Gaudet ; Régisseur Général : Vincent Bedouet ; Réalisation cymatique : Mehdi Lhommeau

Création octobre 2018 

Projet initié par Julien Barret artiste associé à la compagnie Résurgences

assisté par Simon Gelin pour la diffusion.

 

« Qu’est-ce que je fais là ?

est un titre de livre et la seule question qui vaille. »

 

Sylvain Tesson. Bérézina Ed. Gallimard

« Prélude à la fugue (titre provisoire) naît d’une sensibilité commune.

Se sentir minuscule face à l’espace et au temps. Et vouloir s’en saouler autant que les forces physiques et mentales le permettent. 

 

Lire les textes de Sylvain Tesson réveille ces désirs enfouis pour peu qu’on les ait. Il faut alors faire entendre tout ce qui remue nos tripes et nos imaginaires.

 

Au plateau, c’est tenter de casser les murs, c’est une déclaration d’amour à ces poètes qui traversent des étendues réelles immenses et connaissent aussi la solitude extrême de l’écriture.

C’est fascinant, drôle, contradictoire, irritant parfois… C’est étrange.

Comment l’homme brûle-t-il l’énergie qu’il a en lui ? Il y a autant de réponses que d’individus : certains se consument, d’autres la dévident en marchant…

 

Les textes de Sylvain Tesson sont autant de quêtes pour approcher une essence, une nécessité, l’endroit où être juste à soi et juste au monde. L’écriture et la nature en font définitivement partie.

Notre travail se veut être un élan, une pulsion vers la beauté du mouvement et le pari qu’il porte en son coeur. »

 

Leslie Six, dramaturge


 

Julien Barret, comédien, d’abord formé au Studio-Théâtre d’Asnières, il intègre en 2007 le Conservatoire National de Paris où il travaille entre autres sous la direction de Dominique Valadié, Alain Françon, Guillaume Gallienne, Yann-Joel Collin, Michel Fau, Caroline Marcadet, Christophe Patty. Après avoir mis en scène au CNSAD Léonce et Léna de Buchner, il crée la compagnie Résurgences en 2011 avec L’ours de Tchekhov et Les Boulingrin de Courteline puis Edouard et Agrippine d’Obaldia, Colette et Ferdinand de François Parot. Il crée ensuite avec Christophe Patty, Apolline Roy et Olivier Werner Fais passer la parole et [vèr] deux spectacles puisant leur dramaturgie dans des recueils de poésie, classique ou contemporaine. Depuis sa sortie du CNSAD en 2010, il travaille sous la direction de Jean-Pierre Dumas dans Corps de police, de Thierry Illouz, Yves Beaunesne dans Pionniers à Ingolstadt de Mariluise Fleisser, Jean-Louis Hourdin dans Jean la chance de Bertolt Brecht et Laurent Laffargue dans Casteljaloux, puis Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, en tournée depuis 2014. Il intervient régulièrement pour les enregistrements-fictions de France Culture et France Inter. Il pratique la musique au travers du travail du chant mais aussi du piano, de la guitare et du saxophone.

 

Note d'intention de Julien Barret

Pourquoi partir ? Que fuit-on ? Pour aller où ? Pour trouver quoi ?

 

J’ai voulu partir de ces questions. En partir. Suivre les traces encore fraiches d’un écrivain-voyageur. Celui qui réalise un fantasme. Mon fantasme. Celui d’écouter et de suivre à la lettre ces mots que je me murmure parfois, comme Pessoa dans sa vie qu’il ressent comme « statique, assise, réglée et corrigée » : « Ah ! Fous-le camps d’ici, fous-le camps ! ». Marcher, marcher sans se retourner. Cette pulsion ne m’a jamais lâché et ne me lâchera probablement jamais. Alors pourquoi rester ? Et une fois parti, pourquoi revenir ? Quand on a un jour éprouvé cette intensité de vie qu’on a sur la route solitaire, fondu à la nature, la vie citadine toute diversifiée qu’elle soit, semble bien terne. Il m’apparait alors clairement que sans mon désir de création, sans la possibilité du théâtre, je ne serais peut-être pas revenu. Ou du moins le retour me serait un arrachement. Alors traverser sur un plateau de théâtre les récits de Sylvain Tesson me permet de retrouver quelques-unes des questions qu’un voyageur pose sur le monde qu’il quitte comme sur celui qu’il trouve. 

 

Pour ceux qui restent, comment accepter la désinvolture ou l’impétuosité de celui qui décide de quitter la partie et qui se paye le luxe de lancer son “continuez sans moi” à la face des autres? Qu’advient-il alors de celui qui franchit les espaces et qui s’affranchit des frontières (géographiques ou mentales) ?

 

Les textes de Sylvain Tesson emmènent le lecteur sur les chemins d’un voyage, d’une fuite à travers le temps, l’espace et la solitude... comme autant de territoires à explorer. Les sensations prennent alors la forme des paysages traversés et le poème se fait le point exact de leur rencontre. Ces textes tantôt âpres et brûlants, tantôt doux, « imbibés », drôles ou cinglants bouillonnent, et rendent sensible le tumulte intérieur de leur auteur. Quelque chose est près de déborder. Tant de distance, tant de pas, tant de pensées, et tant de mots ! Cela pourrait ne jamais s’arrêter - et ne s’est d’ailleurs toujours pas arrêté, même après sa chute et son long coma. Pour qui sont ces écrits? L’adresse en est imprécise, tumultueuse, il écrit pour lui, pour les autres, pour laisser trace, pour donner sens, pour revivre à soi-même.

 

Le spectacle propose d’interroger son propre esprit voyageur et de chercher, comme Sylvain Tesson, « à savoir enfin si l’on a une vie intérieure ».

 

Les poèmes d’Henri Michaux, de Fernando Pessoa, de Charles Baudelaire ou de Michel Houellebecq, prolongent les pensées et les émotions de l’écrivain-voyageur. S’il part pour se décharger de son quotidien et du poids de ses habitudes, le voyageur emporte avec lui deux choses dont il ne peut pas se séparer : sa musique intérieure et une anthologie poétique. Ces poèmes « combustibles » sont chargés de ce que les récits de voyage contiennent d’indicible. Sont interrogés alors le plaisir et la difficulté à mettre en relation la situation du théâtre et celle du voyage; elles sont opposées, et sûrement pour cette raison, peuvent être attachées l’une à l’autre. 

 

Au centre donc, la tension entre la parole du voyageur et l’acte théâtral. Un appel du large profondément ancré en nous et l’impossibilité de sortir d’une salle de théâtre. Un besoin de solitude et l’envie de la partager. Un recueillement et une célébration. Sur le plateau, ces opposés se côtoient et leur frottement éclaire comme un feu de Bengale la folie d’une telle entreprise : connaitre sa liberté. 

La parole qui toujours avance, tente de cerner, tourne autour du pot... et au coeur le mystère d’une quête insensée mais vitale. L’impression de n’être jamais arrivé à bon port ; ou bien quand, une fois arrivé, l’urgence à se remettre en route tiraille.

 

Sur le plateau, comme un seul homme, deux interprètes : un comédien et un violoniste. Ils dialoguent, divaguent et se disputent, chacun avec son instrument. Parfois l’un veut du calme quand l’autre propose de se jeter dans la tempête, parfois l’autre se rassure au milieu du chaos dans lequel le premier se débat. Ils s’autorisent une parole protéiforme et parfois contradictoire, qui comme Sylvain Tesson, ne tient pas en place. Par la voix et le souffle, par le rythme et la vibration des cordes pincées ou frottées, saturées ou samplées, la parole, porte-voix de la pensée, trébuche, frise le dérapage, mais toujours avance. 

 

Julien Barret

 

 

« Il y a deux portes ouvertes : le suicide et le voyage.

L’amour et les livres ne sont que des trous de serrure. »

« Poésie : le monde accepte d’être décrit avec des mots qui n’ont rien à voir »

« Un voyageur : personne qui fait voir du pays à son ennui. »

 

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages 

de Sylvain Tesson, Editions des Equateurs

Sylvain Tesson

 

né en 1972, a étudié la géographie et la géopolitique avant de se consacrer à l’écriture et au voyage. Il a publié une vingtaine de livres et mène une activité de reporter pour la presse écrite (Le Figaro, Géo, Grands Reportages) et la télévision (France 3, France 5). 

Après un tour du monde à bicyclette, une traversée à pied de l’Himalaya et des steppes d’Asie centrale, à cheval, il multiplie les reportages en Afghanistan, au Caucase et en Sibérie. En 2003, il entreprend un voyage qui le mènera, à pied, de la Sibérie jusqu’en Inde sur les pas des évadés du Goulag et qu’il raconte dans l’Axe du loup.

Son recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors, s’inspirant de ses aventures, reçoit le Goncourt de la nouvelle 2009. En 2010, Sylvain Tesson réalise un projet qu’il envisageait depuis plusieurs années : il s’installe dans une cabane au sud de la Sibérie, sur la rive occidentale du lac Baïkal, où il vit retiré pendant six mois. En 2011, il est lauréat du prix Médicis de l’essai avec "Dans les forêts de Sibérie", journal de bord de cette expérience. 

Passionné d’escalade et d’alpinisme, il chute d’une maison à Chamonix en août 2014, juste après avoir transmis à son éditeur le manuscrit de Bérézina et est placé en coma artificiel. 

En guise de rééducation, il entreprend de traverser la France à pied du Mercantour au Cotentin. Sur les chemins noirs est le récit de ces deux mois de guérison. 

En 2017, parait sous le titre Une très légère oscillation, son journal, sa « bouée de sauvetage dans l’océan de [ses] errements… »